Si ça n'est pas du slow food, je ne sais pas ce que c'est : pourquoi faire en 15 minutes à partir d'un quelconque steak haché ce qu'on peut faire en 7 heures à partir d'un vrai bon morceau de boeuf ?

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Si vous faites partie de ceux qui achètent la sauce bolognaise toute faite en bocal, n'essayez pas, ce serait un trop grand choc. Si vous faites partie de ceux qui la font maison en 15 minutes à partir d'un steak haché, attention, vous n'allez plus vouloir que celle-là, en remplirez votre congélateur et n'aurez plus de place pour autre chose.

Si vous êtes tentés, profitez donc d'un weekend : ces 4 litres de sauce bolognaise, c'est 20 minutes de travail, 7 heures d'attente, et de quoi faire plaisir à  beaucoup de gourmands par la suite.

En italien, la sauce bolognaise s'appelle "ragu". Qui dit ragout, dit mijotage. En effet, ce n'est pas en 10 minutes que vous aurez extrait les saveurs de votre viande et des aromates. Mais pourquoi en faire 4 litres ? Parce que ce n'est pas plus de peine que d'en faire un bol. Alors autant mobilier la cocote et le four pour quelque chose ! Vous les répartirez dans des barquettes à congélation, et vous serez bien contents de les retrouver un peu plus tard pour les réchauffer 5 minutes, le temps que chauffe l'eau pour les pâte !

Pour une cocotte pleine de sauce :
2 kilos de jarret de boeuf (gîte) bien maturé, avec le ou les os à moelle
2 belles carottes
1 branche de céleri
2 oignons
1 feuille verte de poireau
1 gousse d'ail
1 clou de girofle
1 brin de thym
1 feuille de laurier
4 feuilles de sauge
25 cl de vin blanc sec
2 boîtes 4/4 de tomates entières pelées
De l'huile d'olive
Sel, poivre.

Désossez la viande. Ne la hachez pas, misère. Coupez-la seulement en petits dés de 2 cm avec un couteau. Après 7 heures de cuisson, vous n'allez de toute façon plus retrouver les morceaux. Épluchez les carottes, taillez-les en petits dés. Faites de même avec le céleri effilé, et l'oignon pelé. Épluchez aussi la gousse d'ail, mais laissez-la entière. Faites un bouquet garni en enfermant le thym, le laurier et la sauge dans le vert de poireau, glissez le clou de girofle à l'intérieur. Ouvrez les boîtes de tomates et plongez-y avec précaution le pied du mixeur plongeant pour les réduire en coulis. En saison vous pourrez prendre des tomates fraîches, mais en ce moment, il vaut mieux éviter, sauf si vous habitez au Maroc ou dans l'hémisphère sud.

Vous remarquerez que je ne met pas l'indéfectible et conventionnel morceau de sucre sensé atténuer l'acidité des tomates. On n'aime plus de nos jours la saveur acide, je ne sais pas pourquoi. Moi je l'adore, donc je ne vois pas pourquoi je mettrai cet idiot de morceau de sucre qui va empêcher que se développe la saveur profonde et acidulée qui fera tout l'équilibre de ma sauce, contrebalançant le côté animal que lui donnent la viande et les os à moelle. La note déjà sucrée des carottes et des oignons suffit amplement.  

Voilà, tout est prêt. Allumez votre four à 110°C.

Chauffez de l'huile d'olive dans la cocotte en fonte et quand elle est bien chaude, faites-y revenir la viande à feu vif, en plusieurs fournées, jusqu'à légère coloration. Réservez-la au fur et à mesure sur une assiette.

Remplacez-la dans la cocotte par les oignons, les carottes, le céleri, et l'ail. remuez tout ça et faites suer, comme on dit. Ça doit frichtouiller, avec un joli bruit bien agréable, mais pas brûler, attention, ne mettez pas le feu trop fort. Quand ces légumes sont un peu confits, remettez la viande dans la cocotte ainsi que le jus qu'elle a rendu. Ajoutez le vin blanc, les tomates, le bouquet garni, sel, poivre, et... et ... n'oubliez pas les os à moelle !!!!!

Attendez la reprise de l'ébullition, puis couvrez la cocotte et mettez-la dans le four. Oubliez-la pendant 7 heures. Mettez le réveil. N'ayez crainte, si vous avez respecté les quantités et la température du four, ça ne va pas brûler. Ça va bouillotter tout doucement, se défaire, se recombiner, se corser, se réduire, confire, se velouter, et sentir très bon dans la cuisine.

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Au bout des 7 heures. Vous sortez votre cocotte du four, vous l'ouvrez, vous allez à la pêche aux os à moelle qui se sont vidés de leur contenu (attendez qu'ils refroidissent avant de les donner au chien), vous retirez le bouquet garni, vous mélangez, et là... Vous aurez tout de suite une envie irrésistible de faite cuire des pâtes !!!!

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Nous avons ouvert un Pessac-Léognan, château Lafont-Menaut. Corsé ce qu'il faut, avec un tanin soyeux, et fruité. Juste parfait.

Péché inavouable : j'aime quand ça disparaît sous le parmesan. Vin rouge, fromage, viande, tomates : voilà de l'umami à la puissance dix mille !