La marque  française d'électroménager bien connue, Seb, n'est plus aimée dans l'internet culinaire.

captureecranSeb lance une tablette numérique appelée "Le Foodle", qui sera vendue 199 euros, et avec laquelle les utilisateurs pourront se connecter sur un site internet aussi appelé Le Foodle pour y télécharger des recettes de cuisine. Jusqu'ici, rien de répréhensible. Sauf que lesdites recettes avec leurs photos sont en fait collectées sur internet, sans avoir obtenu l'accord de leurs auteurs, ni même les avoir simplement prévenus. C'est complètement par hasard que l'auteure du blog Altergusto s'est aperçue que son contenu avait été pillé.

Copie d'écran du site lefoodle.com

Après enquête, il s'est avéré que d'autres sites ont aussi été copiés, et pas seulement des blogs, mais aussi des sites commerciaux comme Marmiton, 750 g, et Le Journal des Femmes. Et il s'est avéré aussi que ce ne sont pas des internautes lambda qui ont transféré ces contenus sur Le Foodle, mais bel et bien des employés de Seb, et il ne s'agit pas d'une ou deux recettes, mais plusieurs milliers.

Ce qui est dérangeant dans cette affaire, c'est que la société Seb va vendre une tablette dont le contenu est donc constitué de copie de recettes et photos certes gratuites, mais non libres de droits. Les blogueurs partagent leur passion gratuitement sur leur blog, et voilà qu'une entreprise va faire du commerce avec leurs œuvres sans même leur demander leur avis. D'autre part, ce qui est choquant aussi, c'est que les consommateurs vont payer 200 euros pour acheter cette tablette qui ne servira à rien d'autre qu'à avoir un contenu auquel tout le monde peut par ailleurs accéder gratuitement avec son ordinateur, son smartphone ou n'importe quelle tablette numérique. C'est bien connu : plus c'est gros, plus ça marche.

Oui, j'en entends qui vont ricaner : mais à partir du moment où on met des choses sur internet, ça ne vous appartient plus, ça devient public, si vous ne voulez pas qu'on vous pique vos recettes et vos photos, vous n'avez qu'à pas les publier du tout, voire même les garder secrètes comme le Coca-Cola, la tarte tropézienne ou les macarons de Saint Emilion. captureecranEt de toutes façons, ces blogueurs qui sont les premiers à se plaindre passent leur temps à se recopier allègrement les uns les autres. Et de plus, marmiton ou 750 g font bien du profit avec les recettes que les gens, dont des blogueurs, ajoutent de leur plein gré sur ces sites. Ou encore :  il n'y a pas de droit d'auteur sur les recettes de cuisine, la seule  et unique recette au monde qui soit "déposée" est celle des saltimbocca alla romana (ça veut simplement dire qu'on ne peut pas appeler de ce nom une autre préparation culinaire). Ou bien : il suffit de changer un mot dans le texte, et hop, ce n'est plus la même recette, ni vu ni connu...
Copie d'écran du site lefoodle.com

Qu'ils se détrompent ! Ce n'est pas parce qu'une chose est publiée, que ce soit sur le net ou ailleurs, qu'on a le droit de se servir ! Il existe des lois pour défendre la propriété intellectuelle, un blog est une œuvre intellectuelle comme une autre et il n'est pas permis de le copier, et surtout pas pour aller le vendre ailleurs !  Les internautes qui mettent leurs recettes sur Marmiton ou les blogueurs sur 750 g le font volontairement et en toute connaissance de cause, ils savent bien que ces sites ne sont pas philanthropiques mais vivent de la publicité. Dans le cas de le Foodle, ils n'étaient même pas au courant. J'ai appris par la même occasion que chez Marmiton, une équipe travaille pour vérifier que les recettes qui leur sont soumises n'existent pas déjà ailleurs sur internet.

Imaginez : c'est comme si vous alliez dans une bibliothèque emprunter les derniers livres de recettes de Julie Andrieu ou de Cyril Lignac. Vous les photocopiez chez vous, vous rassemblez les photocopies en les reliant ensemble et vous allez les vendre au marché en prétendant que ce sont vos œuvres. Et ensuite, comme si de rien n'était, vous rendez les livres originaux à la bibliothèque. Si on vous fait un reproche, vous vous offusquez : ah mais je n'avais pas la volonté de spolier, car c'est gratuit et à la disposition de tout le monde puisque c'est dans les bibliothèques publiques ! Ils diraient quoi, à votre avis, Julie Andrieu et Cyril Lignac ?

On peut dire que Seb avait trouvé un bon filon : vendre 200 euros une tablette remplie d'un contenu non rémunéré ! Ils se défaussent en affirmant qu'ils ne sont pas éditeur mais simple hébergeur, or d'après la loi, puisqu'ils produisent les moyens de la publication du contenu (en l’occurrence la tablette et son application), ils sont bel et bien éditeurs, donc responsables du contenu. Et quand bien même ils ne seraient qu'hébergeurs, l'hébergeur a l'obligation de retirer tout contenu litigieux à partir du moment où il en a eu connaissance. En tout cas , c'est une très mauvaise idée qu'à eue Seb, de se mettre à dos l'essentiel de l'internet culinaire, car c'est un très bad buzz qui circule actuellement, repris par L'express, le Nouvel Obs, Ouest France, l'Humanité...

Si vous êtes concernés par cette affaire, je ne saurais que vous encourager à faire comme Mamina : envoyer un courrier à Seb pour leur faire part de votre demande de non reproduction de votre contenu sur leur site.

Aux dernières nouvelles, Seb a organisé une réunion qui aura lieu le 6 février, où le problème sera débattu avec des représentants des blogueurs et des sites commerciaux. En attendant, on ne peut plus importer des recettes sur leur site, mais celles qui y sont déjà sont toujours accessibles. Affaire à suivre, donc.

Des nouvelles après le 6 février : après la table ronde du 6 février, Seb a fait marche arrière , ce qui montre qu'il est bien de ne pas de laiser faire ! Vous aurez le compte rendu de la réunion sur le blog de Roseandcook.