On lit parfois des choses rigolotes dans la presse. Cela nous change des terribles catastrophes, des reportages sur les effets de la crise et des annonces de prochaine apocalypse. J'ai retrouvé un ancien article, paru l'année dernière dans un quotidien. Il y a prescription, mais on a quand même le droit de rire un peu en le lisant... au second degré.

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Quand j'ai lu ça, tranquillement au petit déjeûner d'un dimanche de début janvier, entre un bon café et une excellente brioche, des confitures maison et un beurre cru du Poitou, mon sang n'a fait qu'un tour. En résumé : ils ont comparé une brioche des rois artisanale, mais rassise car oubliée toute la journée dans un coin de bureau, avec deux brioches industrielles sortant "fraîchement" du plastique d'emballage. Ils ont préféré une des deux sous plastique. Et ils publient l'article en précisant tout de même que ce n'est pas scientifique. Ouf. L'honneur est (à peine) sauf.

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Imaginez : moi qui m'efforce chaque jour sur ce blog et dans les journaux où j'écris, de défendre les produits de qualité, les productions artisanales et traditionnelles qui ont tant de mal à subsister à côté de l'industrialisation de notre alimentation, je ne pouvais que m'agacer. Quand on prône de faire la cuisine soi-même parce que c'est meilleur, et plus sain, de choisir ses produits et qu'on cherche à décrypter et déjouer les pièges de l'industrie agro-alimentaire, on se gausse plutôt d'articles qui mettent en avant des produits industriels dans des tests farfelus.

Sur le même modèle, je vous propose, chers lecteurs, de faire d'autres tests comparatifs tout aussi instructifs.

Par exemple, le filet de sole de petit bateau du poissonnier abandonné pendant 12 heures dans un bureau à côté d'un radiateur et le surimi sorti de son plastique  acheté à l'hyper du coin. Tiens, vous êtes sûrs que le surimi aura meilleure odeur que la sole pourrie ?

Ou la baguette label rouge du meilleur boulanger de la ville, qu'on aurait par mégarde emmenée à la piscine, où elle est restée 2 heures dans le local des douches, (si on est distrait, c'est possible !) ; face à la baguette industrielle d'un terminal de cuisson quelconque sortant juste du four. Ah bon ? la baguette artisanale est molle ?

Le bifteck de Parthenaise, de Blonde d'Aquitaine ou de Salers, tiens n'ayons pas peur : même de boeuf de Kobé, qu'on a oublié 15 jours dans le coffre de la voiture garée en plein soleil ; face au steak préemballé sortant de sa barquette. Et n'allez pas me dire que vous n'aimez pas la viande faisandée !

Et pourquoi pas une bouteille de Petrus de 1927, qu'on aurait gardée dans un entrepôt en tôle ondulée de la banlieue bordelaise, entre un sac de patates pourries et un vieux fût de vinaigre avec une fuite ; et une bouteille en plastique de Kiravi, fraîchement ouverte à la sortie du caddy ?  (heu, là je ne suis pas sûre de moi, en fait, si ça se trouve c'est quand même le Petrus qui aura meilleur goût...mais comme le deal de départ est de ne pas être scientifique, on s'en fiche ).

Le clou de ces tests comparatifs serait quand même le camembert au lait cru mûri à l'air libre dans une étable pendant une petite semaine ; avec un rond de plâtre pasteurisé acheté à la supérette du bout de la rue. Ha bon, l'un des deux est couvert d'asticots ? Vous m'étonnez.

D'ailleurs, à propos d'asticots.
Quand ma fille était au collège, sa professeure de SVT avait fait faire à la classe une expérience très instructive et très concluante. Vous n'allez pas en revenir. Dans un récipient, genre aquarium, elle a placé, loin l'un de l'autre (il ne faut pas qu'ils se battent), un petit pain du Mac Do et un morceau de baguette du boulanger. Au milieu : des larves de vers de farine, ou ténébrion meunier, qu'on trouve, parait-il dans les animaleries car on en nourrit les oiseaux. Elle ferme le tout et toute la classe attend quelques jours.

Que croyez-vous qu'il arriva ?
La baguette était couverte de vers, tandis que le pain du Mac Do rigolait, parfaitement indemne !

Conclusion :
D'une part les vers de farine sont de fins connaisseurs, d'autre part, imaginez le nombre de conservateurs et d'additifs dans le pain industriel, pour que ces bestioles, dont la seule idée fixe est de dévorer tout ce qui ressemble à des céréales, les dédaignent à ce point !

Si un de mes lecteurs veut bien se charger des tests, qu'il me transmette les résultats. Pour ma part, je mangerai la sole, la baguette, le bifteck... et la galette bien frais...