Bonne nouvelle : lundi 3 octobre dernier, c'est à dire avant hier, l'assemblée nationale a voté un amendement présenté par Fernand Siré, député des Pyrénées orientales, visant à obliger les restaurateurs à indiquer sur leur carte si leurs plats sont préparés à partir de produits frais ou non.

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Ce qui est, me semble-t-il , la moindre des choses.

En France actuellement, plus de 80 % des restaurants élaborent leurs menus à partir de produits industriels, surgelés, appertisés, sous vide, lyophilisés et j'en passe, et ceci dans la plus totale confusion des consommateurs. 

L'industrie agro-alimentaire ayant fait d'énormes progrès ces dernières années, il est extrêmement difficile pour le consommateur non averti (et aussi parfois même averti) de déceler le subterfuge. Quand vous allez chez Mac Do ou chez Flunch, vous savez très bien que ce que vous mangez est industriel, mais quand vous êtes à la table d'une brasserie parisienne, ou d'un petit restaurant de campagne, vous vous en doutez beaucoup moins. Surtout si le restaurateur prétend haut et fort que la blanquette est faite maison. En réalité, ladite blanquette est achetée chez un grossiste et décongelée au micro ondes, mais le « cuisinier » (je mets des gros guillemets et de l'italique tellement dans ce cas le terme me semble usurpé...) a rajouté un brin de persil et une rondelle de carotte, alors il peut fièrement clamer que le plat est de lui.

Le pire dans tout cela, c'est que cela pénalise les vrais cuisiniers, les bons, ceux qui se lèvent à l'aurore pour aller au marché et se décarcassent pour faire de la cuisine fraîche à partir de bons produits qu'ils travaillent eux-mêmes.

Le président de l'UMIH (Union des métiers de la restauration et de l'hôtellerie), Roland Héguy, est dubitatif. Il a déclaré (voir ici clic) :« Le surgelé n'empoisonne pas ! C'est même une manière de conserver de manière optimale beaucoup de produits . Certains restaurants qui affichent des prix modiques seront pénalisés par cet affichage. Sur 120.000 points de vente de restauration en France, il n'y en a pas plus de 20.000 qui travaillent avec des produits réellement frais ».  Je trouve fort dommage que ce monsieur se fasse l'avocat des industriels, ainsi que d'une énorme tromperie du consommateur. Les chiffres qu'il avance ne sont pas un honneur pour la profession, dans un pays où la gastronomie est érigée en art national. Mais évidemment on peut se douter, et craindre, que les industriels ne resteront pas les bras ballants sans rien faire. Le projet de loi devra repasser en seconde lecture le 11 octobre, alors attendons la suite pour savoir si nous avons raison de nous réjouir... Le problème n'est d'ailleurs pas tant le surgelé en lui-même : le restaurateur a le droit de l'utiliser, seulement, maintenant il devra le dire, et ce sera au consommateur de choisir où il veut aller manger !

N'oublions pas que l'acte de manger est aussi un acte politique.
Selon le choix que vous faites, si vous favorisez plutôt les produits industriels, ou les artisanaux, les petits agriculteurs locaux, ou ceux de l'agro-industrie, les produits de terroir ou ceux venant des usines de grands groupes, les AOP, le bio ou le non bio, l'équitable, le local, le végétarien, l'omnivore, les fromages au lait cru ou les pasteurisés, la quantité ou la qualité, le restaurateur qui achète au marché ou celui qui va dans les centrales d'achat de produits tout-faits, vous ne faites pas que choisir ou non de protéger le goût, les saveurs ou les savoir-faire. C'est surtout un système de société que vous allez favoriser, ou pas.  Soyez vigilants et surtout soyez gourmands !

Pour en savoir plus, cliquez sur ces liens :
Le texte de l'amendement.

La dépêche de l'AFP.

Les vrais états généraux de l'alimentation, le blog de Xavier Denamur, un restaurateur engagé pour la transparence.

Pour que la cuisine des restos redevienne un lieu où l'on cuisine, un article de Rue89.

Et j'oubliais celui-ci :
vous ne savez pas cuisiner ? Pas grave, ouvrez un restaurant.