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Imaginez une belle ville de province, au riche patrimoine architectural retraçant bien plus de deux millénaires. Des grande villas de pierre blanche qui somnolent au bord d'un rêve sur la rive de la Charente.

Saintes

A deux pas de là, imaginez un tout petit restaurant, 20 couverts en tout, dans un quartier calme de cette belle ville de Saintes, une petite place ombragée entourée par la rivière sur deux côtés.

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Tout simple, je vous dis, l'air d'un bistrot sans prétention. Mais... Imaginez une cuisine enlevée, toute en fraîcheur et en légèreté, pleine d'invention, avec un brin d'audace, mais qui reste très gourmande.

J'ai fait dans ce restaurant deux déjeûners exquis, à quelques mois d'intervalle.  C'est un jeune couple doué et sympathique qui l'anime. Le chef travaille de très bons produits dans une cuisine savoureuse et son épouse accueille les clients avec le sourire, les conseille admirablement sur les accords des vins, les met à l'aise, le résultat est  qu'on se régale !

Voici ce qu'on y mangeait il y a 6 mois, c'était l'automne :

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Une entrée japonisante : languettes de bar mariné, petits poireaux braisés, petits navets aigres-doux, segments de pamplemousse, sauce au curry léger. C'est cohérent, tout en nuances, fraîcheur et légèreté. Une belle entrée pour un jour ensoleillé.


eucalyptus

Un dos de bar rôti sur un risotto d'orge perlé, avec un étonnant et délicieux coulis de petit pois, très légèrement aromatisé à l'eucalyptus. La saveur de l'eucalyptus, un peu mentholée, fonctionne très bien avec le petit pois qu'on associe d'ailleurs souvent à la menthe fraîche. Quenelles de courgette jaune et compotée d'oignon doux pour accompagner. Ah oui l'eucalyptus, je le concède, c'est osé ! Point trop n'en faut, et là, c'était justement dosé, c'est à dire : un soupir, une bribe, une curiosité, juste pour dire...


gnocchis

Et en dessert, des moelleux gnocchis à l'huile de combawa (c'est un agrume), se lovent dans un velouté chocolat blanc et mandarine, réveillés par un sorbet très fruité au cassis, le tout saupoudré de noisettes torréfiées pour une touche de croquant.

 

C'était au mois d'octobre dernier. Et maintenant, au printemps ? C'est encore de saison et toujours aussi bon !

morilles

Une étuvée de morilles, sur un lit de macaronis gratinés au parmesan, avec une crème parfumée aussi au parmesan et un coulis de laitue à l'ail des ours. Une lichette de jambon de Parme sur le dessus pour couronner l'ensemble.

rouget

Un rouget grondin cuit à la perfection, accompagné de tendres fenouil et artichauts poivrades confits dans un jus, oh la la ce jus, parfumé au safran !

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Et pour terminer en beauté, un minestrone de fruits parfumé au thym-citron, se cache sous une tuile au yuzu.

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Et si on enlève la tuile ? On découvre une crème chiboust à la mandarine, caramélisée, et un sorbet fromage blanc. Miam.

Entre  ces deux moments, des critiques étonnamment sévères ont paru dans la presse parisienne. Pour résumer, on a reproché à Marion Monnier d'être trop compliqué et trop créatif. Compositions trop mentales. On en reste la bouche ouverte et on essaie de comprendre ce que ça veut dire. La créativité de Marion Monnier serait tellement débordante qu'elle déstabilise les pauvres journalistes gastronomiques et leur fait perdre leur latin ?

Quelle critique bizarre, quand on y songe : trop créatif ! A certains, on reproche d'être ringard, plan-plan, pépère. Ou un manque de style. Ou un manque de fraîcheur dans les produits, ou de technique et de savoir faire, des cuissons ratées, ou un service nul, pas souriant, grincheux. Ce qui n'est pas le cas ici.  Les produits sont frais, bien cuisinés, les cuissons justes, les portions bien étudiées, le service rapide et gentil. Et surtout : c'est bon.

Trop créatif. Ils s'écoutent parler, les critiques parisiens ? Trop créatif l'eucalyptus ? l'ail des ours ? Le combawa ? Le Yuzu ?  Messieurs les critiques, faut sortir un peu. Le style de cuisine de Marion, même inventif, est loin des choses échevelées de Ferran Adria, de Pierre Gagnaire, ou même de Thierry Marx ! Aucun machin à l'azote, aucune sphérification, pas d'émulsions à bulles, ou d'écumes improbables, juste quelques associations de saveurs ou de textures, mais absolument rien qui ne provienne de la planète mars ! Est ce qu'on reproche à Eric Guerin d'être trop créatif ? Les bras m'en tombent.

salleSi vous habitez près des Charentes, chers lecteurs, je vous invite à aller juger par vous même. Et vous habitez loin mais que cet été, vos vacances vous conduisent vers la côte Atlantique, faites une étape gourmande à Saintes, soyez curieux, vous ne le regretterez pas.

La table de Marion
10, place Blair
17100 SAINTES
Tél. : 05 46 74 16 38
(Consultez le menu du moment ici : CLIC)

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