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L'aguillaneu est le nom d'une coutume du jour de l'an. Il s'agit des tournées de quête pour réclamer dans chaque maison du village la part à Dieu. Ce mot désigne aussi les chansons que l'on chantait à cette occasion. Selon les Provinces, on  les appelait aguinettes, onguignettes, guillaneu, haguinettes, guillanou, aguillaneuf... Voici un exemple :

Avisez donc ce biau gâtiau
Qu'il est dessus la table
Et aussi ce biau coutiau
Qu'est au long qui l'argade
Ah si vous pouvez pas ben le couper
M'y faut douner l'gâtiau tout entier.

Les gâteaux du nouvel an étaient des petits pains plus soignés qu'à l'ordinaire, mais aussi des crêpes, des gaufres et des brioches en forme de bonhomme : le "Père Janvier". Il valait mieux répondre favorablement à la demande, sinon gare aux couplets suivant :


Dieu vous donne des rattes assez
Ni Chin ni chat pour les attraper
Point de bâton pour les tuer.

ou encore :

Si vous n'voulez rien nous donner
Prendrons la fille aînée
Celle qui met le pot au feu
Dedans la cheminée
L'emmènerons dans ces verts prés
Lui apprendrons le jeu d'aimer.

L'origine du mot aguillaneu est ancienne, mais inconnue. Certains auteurs l'ont rapprochée de acquit d'an neuf. D'autres, des lettrés du XVI° siècle y ont vu la déformation de l'expression "au gui l'an neuf" et pensent que l'origine est dans une formule cérémonielle que les druides chantaient en coupant le gui sacré. En réalité, on ne connait pas le nom du gui dans la langue gauloise.
On peut aussi le rapprocher du mot celte eguinane, ou eginyn en gallois, eigean en irlandais, qui veut dire "étrenne" et n'a rien à voir avec le gui. La racine est eg, "force, pousse, germe", dans le sens de "quelque chose de nouveau".
L'ethnologue Arnold van Gennep pense qu'il s'agit de la déformation des mots de patois normand ou picard  haguine, hoguine, aguinette, guillane, ou encore haguette, qui désigne une petite baguette de coudrier que les enfants tenaient à la main lors des quêtes et qui avait une symbolique de fécondité-fertilité.
Ces quêtes ont aujourd'hui disparu, il nous reste la coutume des vœux, à quoi je ne dérogerai pas.

arbre

Je vous souhaite une bonne année,
Mes chers Lecteurs,
Goûtez les joies, soignez les peines,
N'écoutez pas les marchands d'Apocalypse
Ceux qui négocient l'air du temps
Au prix de la peur.
Rien n'est immuable en ce monde
Et les nuages
Passent

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