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Je viens de me rendre compte que je suis une miraculée. En soi, cela serait une bonne nouvelle, mais le revers de la médaille c'est que je suis aussi une mère indigne, une mère épouvantable qui a empoisonné ses enfants durant toute leur enfance.

Et je crois malheureusement ne pas être la seule dans ce cas. Chers lecteurs, je vois poindre en vous une lueur d'inquiétude, et vous vous demandez sans doute comment une telle abomination est possible au XXI° siècle, dans un pays civilisé comme le nôtre.

87_d95f15ae2eAlors rendez-vous au rayon des laits de votre supermarché habituel. Vous y trouverez un nouveau produit de la marque Lactel, que le groupe Lactalis, (oui ! encore eux !) vient de mettre sur le marché. Cela s'appelle 1.2.3. école. C'est un produit destiné aux enfants de 3 à 6 ans, en relais du lait 2° âge. Le saviez-vous, après le lait 2°âge, il n'est pas conseillé (par les industriels) de donner aux enfants du lait de vache qui est, paraît-il, très mauvais pour leur santé, et surtout pour leur croissance. Soit dit en passant, le lait 2° âge dit "de croissance" correspond à un besoin créé de toutes pièces par ces mêmes industriels il y a une petite vingtaine d'années. Avant cela, on était aux âges barbares. Et ça a très bien fonctionné pour la croissance... du porte monnaie des industriels... qui achètent aux éleveurs leur lait pour moins qu'une bouchée de pain, bref, c'est une autre histoire, mais pas tant que ça.

Ciel ! Mais comment nourrissait-on les enfants, avant ?

01060046Quand je pense que, durant toute mon enfance, j'ai été nourrie avec du lait de vache, mais même pas du lait UHT stérilisé garanti sans une seule bactérie méchante ni gentille, celui qu'on achète dans des briques en carton bien proprettes, même pas du lait pasteurisé vendu en bouteilles de pur plastique massif, non ! 
J'ai été élevée avec du lait cru qu'on allait acheter directement à la ferme après l'heure de la traite du soir, vous imaginez l'horreur ! Un lait entier, bien crémeux, que la fermière versait dans votre bidon depuis le seau de la traite, tout tiède encore de la chaleur de la vache. Oui, tiède ! Et quand, de retour à la maison, on le faisait bouillir, la crème remontait au dessus, épaisse, épaisse, épaisse. On pouvait même en faire des gâteaux, à la place du beurre.

Génération sacrifiée

Oserai-je évoquer ces millions de bambins, génération sacrifiée, qui se sont vus offrir un verre de lait  chaque jour durant toute leur scolarité à la maternelle ? J'en pleurerais. Comment peut-on être dans l'erreur à ce point-là ? C'est de l'empoisonnement en masse !  Faudrait faire un procès aux organisateurs de cette chose, il y en a qui ont porté plainte pour moins que ça !

Une miraculée je vous dis. Je vais de ce pas aller à Lourdes remercier qui de droit du fait que je sois encore en vie. Si j'ajoute que je n'ai durant cette existence, jamais été malade, rarement un rhume l'hiver,  jamais une allergie, jamais vu le médecin pour autre chose que la routine, c'est encore pire : il doit y avoir du surnaturel là dedans. Manquerait plus que j'échappe aussi à la grippe A cet hiver.

Parents angoissé : bonheur des industriels
Et mes enfants ? Il faut que je me fasse pardonner tout les risques que je leur ai fait prendre. Mes enfants dont j'ai failli faire rater la croissance : les garçons mesurent seulement 1m 80 et 1m 84, et les filles... Je ne sais pas, mais elles ne se sont jamais plaintes, vu qu'elles sont toutes plus grandes que moi. Ces pauvres enfants ont été nourris au sein, si, si, puis, après un très court passage au lait 1er âge, directement au lait de vache.  Et en plus, tout petits bébés, ils ont eu droit à du fromage au lait cru, pauvres chous ! Aucun d'eux n'a connu le lait de croissance, alors vous pensez si ce sont des rescapés ! Ce doit être une pure chance s'ils ont une taille normale, une bonne santé, s'ils mangent de tout et s'ils ne sont pas des attardés mentaux !

Six secondes de bonheur : la traite traditionnelle des vaches Salers à la main, et avec le veau à côté de la mère

On parle bien de lait ?
Et pourtant chez Lactalis, ils font des efforts, quand même ils trafiquent bien leur lait... D'ailleurs, est-ce encore, du lait ? Y-a-t-il écrit le mot "lait" sur l'étiquette de 1.2.3.école ? Regardez bien. Non, vous n'êtes pas obligés de l'acheter, regardez dans le magasin. La réponse est non : ce machin n'a même pas le droit de s'appeler "lait" !

Je vous rappelle la définition légale du lait établie en 1909 par le Congrès de Répression des Fraudes de Paris :

Le lait est le produit intégral de la traite totale et ininterrompue  d'une femelle laitière bien portante, bien nourrie et non surmenée.  Il doit être recueilli proprement et ne doit pas contenir de colostrum.

En 1924, on a ajouté la mention suivante :

Le terme "lait" (sans autre précision) désigne le lait de vache. Le lait provenant d'une autre espèce doit être désigné par une dénomination "lait de + nom de l'espèce", par exemple lait de chèvre.

Et de nos jours, la commission européenne a repris exactement la même définition dans son règlement n°1898/87 du 2 juillet 1987 , (c'est très rébarbatif à lire, mais aussi très instructif !)  en rajoutant une précision importante : le terme LAIT est réservé exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale obtenue par une ou plusieurs traites sans aucune addition ou soustraction. (Sauf si on l'enrichit avec un de ses composants naturels).

C'est clair ! 1.2.3 école n'a pas le droit de s'appeler lait parce que ce n'en est pas ! Ce qui est clair aussi, c'est que vous pouvez avoir confiance dans les produits marqués "lait", ce sont, dans l'état actuel des choses, des produits naturels, qui peuvent avoir subi des traitements thermiques, ou mécaniques, mais dont la composition intrinsèque ne peut pas avoir été modifiée.

bidonlait Vous avez dit "formule" ?

Dans le communiqué de Presse de 1.2.3 école , Lactalis n'utilise pas le mot "lait" pour définir son produit. C'est une vague formule adaptée, pour aider les enfants à devenir grands. C'est enrichi en calcium, en fer, en 6 vitamines, et ça apporte vitalité et croissance. Parce qu'avant, les enfants étaient ramollis et tout petits, tout le monde sait ça. Maintenant qu'on leur donne à boire des formules, ouf, ça va changer.

L'addiction au sucre commence dès le biberon
Avez-vous déjà goûté le lait dit "de croissance", chers lecteurs qui êtes peut-être aussi les rescapés d'une mère indigne qui leur donnait du vrai lait et des vrais fromages ? C'est horriblement sucré, aromatisé à la vanilline ou à autre chose d'indéfinissable, bref  c'est une espèce de sirop et cela n'a rien à voir avec le goût du lait. (Déjà que le goût du lait industriel n'a rien à voir avec le goût de ce qui sort du pis de la vache...)

Tant mieux, se disent les industriels, les enfants sont ainsi habitués dès le berceau au goût du sucre et aux arômes artificiels, nous pourrons ainsi mieux leur vendre nos cochonneries une fois adultes (et en pensant cela ils se frottent les mains : tous ces futurs clients pour nos produits gras, sucrés et aux arômes de synthèse !) Non, il n'est jamais trop tôt pour commencer les addictions au sucre.

Quoi ? Une question de fric ? Mais non, voyons, on vous dit que c'est pour le bien de l'humanité !
D'après les statistiques du ministère de l'Agriculture, le marché du lait UHT est en recul, par contre celui des laits aromatisés, des laits spéciaux et du lait de croissance augmente. Je ne veux pas vous assommer avec des chiffres, si cela vous intéresse, c'est ICI sur le site du ministère.  Et cet excellent article explique aussi très bien les choses.

Il y a quand même deux chiffres qui parlent :
Prix du litre de lait UHT de base : 55 centimes. (Vérifié de mes yeux avant hier dans mon magasin habituel)
Prix de lancement du "lait"1.2.3.école : 1, 19 euros.

Et en parcourant le rayon, j'ai vu aussi de mes yeux hallucinés des pseudos "laits" enrichis à ceci ou cela à plus de 2 euros le litre !

Heu, au fait, à quel prix achètent-ils le lait aux éleveurs, déjà ? 200 euros les mille litres ? Ah bon.

Quand je vous disais qu'on nous prend pour des cruches.
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