Tous les jours, je fais une promenade avec mon chien. Enfin c'est plutôt lui qui m'emmène en promenade. Nous allons souvent sur un chemin creux que j'aime, celui qui passe par la rivière et puis qui remonte le long des herbages plantés de moutons, de gros rochers de granit et d'arbres centenaires.  Après cette marche dans la nature, je suis d'attaque pour continuer ma journée de travail. Le chien, lui, il attaque alors sa sieste.

chien

Il 'y a pas longtemps, j'ai eu de la chance : au bord du chemin, là,  un endroit ombreux,  simplement en regardant, sans même chercher, alors que le chien baguenaudait un peu plus loin, j'ai trouvé ça :

cepes

Évidemment c'était le jour où je n'avais pas pris de panier, ni de couteau. On trouve toujours des champignons le jour où on ne prend pas son panier ni son couteau. Vous avez remarqué ça aussi ? Pourtant j'ai un très joli couteau à champignons, avec une petite brosse intégrée. Il faut seulement penser à le mettre dans sa poche avant de partir en promenade.

Je n'avais rien que mes mains, alors je les ai cueillis délicatement du bout des ongles et emballés dans mon gilet. Je ne vais pas me décourager par l'absence de panier !  Hmmm ce parfum de forêt, d'humidité, de terre douce, d'humus, d'herbe mouillée et de ballade sous les arbres... L'odeur reste sur mes mains et des souvenirs surgissent. Des souvenirs de nos chasses aux champignons. De ma fille quand elle était petite. Nous partions l'œil complice marcher dans les feuilles craquantes et dans l'air des forêts, avec des bavardages aux lèvres, le panier sous le bras et le couteau dans la poche. L'air de rien, le regard vague si on croisait un promeneur. Et ensuite les yeux balayant le sol, pénétrant les feuilles, caressant les mousses, déviant les insectes, écartant les cailloux.

Les champignons, ça ne se cueille pas, ça se chasse. On doit être à l'affût. Les champignons sont malins. On peut passer cinq fois à côté d'eux sans les voir. Ils se déguisent en caillou, en feuille sèche, en bout de bois  ou parfois en châtaigne déboguée. Non, en réalité c'est le contraire: ce sont les feuilles mortes, les cailloux et les marrons qui prennent l'apparence des champignons jusqu'à ce que l'on s'approche et que l'on découvre, dépité, leur vraie nature. Il y à là-dessous des connexions sécrètes qui nous échappent.

On peut marcher des heures sans  voir un seul champignon, alors que la forêt en est truffée. On a bien essayé de dresser le chien pour nous les dénicher, mais en vain. Ce chien préfère aller chasser les bestioles.

Et puis soudain : oh, là, il y en a un !  Un égaré. Il n'a pas dû avoir le temps de se camoufler. Il n'avait pas de copine feuille morte pour prendre sa place un instant. Alors on scrute autour, car on sait qu'ils sont rarement seuls.  Et c'est comme si le regard s'était aiguisé, comme si l'œil avait appris quelque chose de la forêt. Les cailloux, les feuilles sèches et les bouts de bois deviennent de vrais cèpes, des bolets bai ou des chanterelles. C'est magique. Ou alors ce sont les champignons qui sont moins méfiants. Je ne sais pas. Ou bien ils sont curieux, alors ils sortent un œil. Oui c'est étrange les champignons, et ça se chasse avec discrétion : le couteau, on le plie et on le met dans sa poche. Et le panier, on dit que c'est pour emmener le goûter.

Le couteau à champignons , avec sa lame courbe et ben affutée, permet de couper bien proprement le pied. Ainsi le sol conserve la partie du champignon qui porte le mycélium et l'année suivante repoussera un nouveau champignon. On peut mesurer le chapeau, pour identifier à coup sûr l'espèce, et avec la petite brosse on nettoie sur place sa trouvaille.

couteau

Le couteau à champignons est en compagnie d'un mini bolet bai, d'un bolet à chair jaune et d'un bolet moucheté

Finalement l'été pluvieux a eu du bon (on se console comme on peut, n'est ce pas). Quelques beaux cèpes et divers bolets, pas mal pour une trouvaille au hasard sur un simple bord de chemin.

Les cueillettes fortuites permettent d'improviser une cuisine de hasard. Quelque chose d'absolument pas prémédité.  Qu'est ce qu'on a dans le placard ? des œufs, de la crème, un peu de fromage... Je vais préparer une recette toute simple. Si l'on n'a pas eu la chance d'aller dans un chemin creux sous les arbres centenaires, on peut utiliser des champignons de Paris, c'est bon aussi. Ou sinon attendre quelques jours : on va commencer à voir les cèpes sur les marchés.