Et finalement  c'est un gâteau typiquement français.

La Charlotte est d'origine anglaise. Yes. Il faut dire : The charlotte.

On l'a nommée ainsi au tout début du XIX° siècle, en hommage à la reine Charlotte, l'épouse du roi George III. Le nom désignait un entremets préparé dans un moule haut à bords évasés. Le moule était tapissé de  pain de mie beurré, bread and butter, ou de brioche, puis rempli de compote de pommes ou de prunes. C'était en fait une sorte de pudding, que l'on cuisait  longtemps au four. De la cuisine anglaise, quoi. Très éloigné de notre charlotte  sans cuisson, à base de biscuits à la cuillère et de crème bavaroise. Maintenant, la question qu'on peut se poser est : comment s'appelait ce gâteau avant la reine charlotte ? Parce que ça devait exister avant, quand même.

Mais alors, comment est-on passé de la charlotte anglaise à notre charlotte à nous, qui porte d'ailleurs mystérieusement l'appellation de charlotte à la russe... ? On y perd son latin.

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Évoquons les biscuits cuillère, sans qui notre charlotte n'existerait pas.

Ces biscuits sont connus depuis le XVIII° siècle. A l'origine ils étaient ronds, parce qu'on les moulait avec... une cuillère, ben oui. C'est futé.

C'est Antonin Carême, le père fondateur de notre pâtisserie, qui leur donna leur forme allongée cent ans plus tard, en les dressant avec une poche à douille.

C'est fou ce qu'il a inventé, Antonin Carême. Et sa vie est un vrai roman. Abandonné dans la rue par son père alors qu'il n'avait que 8 ans, il commença sa carrière dans une infâme gargotte et devint le pâtissier le plus prestigieux de son époque, chef de cuisine des rois et des personnages les plus importants dans l'Europe entière ! Imaginez Bocuse ou Robuchon ayant débuté à 8 ans en passant la serpillère dans un bouiboui. Il en faut du courage !

C'est quand il était dans les cuisines du Prince Régent d'Angleterre, le futur George IV, qu'il fit la connaissance de l'ancêtre  british de notre charlotte actuelle. Plus tard, Carême oeuvra pour Talleyrand. Vous allez voir comme c'est intéressant, tout est lié : Talleyrand aimait déguster son vin de Madère en y trempant un biscuit à la cuillère. Ça ne fait ni une ni deux : Antonin Carême crée le boudoir, un biscuit qui peut se tremper dans le vin sans s'y déliter complètement, et qui fait aujourd'hui le délice des bébés dont les dents percent. Quel nom bizarre pour un biscuit ? c'est un clin d'oeil malicieux à la "diplomatie de boudoir" pratiquée par l'illustre ministre.

Tiens, cela me fait penser au baba , à Stohrer et à Stanislas Leckzinski. C'est amusant comme les choses se répètent. Bon, revenons à notre charlotte.

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Antonin Carême modifia la recette anglaise, à partir de la nouvelle forme des biscuits cuillère. il créa l'entremets que nous connaissons : sans cuisson, dans le moule tapissé de biscuits cuillère et rempli d'une crème bavaroise. Il nomma sa création "charlotte à la parisienne", pour la distinguer du dessert anglais. Plus tard, lorsqu'il travailla dans les cuisines du tsar Alexandre (celui qui combattit Napoléon), il la rebaptisa "charlotte à la russe".  C'est le nom officiel qu'elle porte aujourd'hui.

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Pour avoir la recette de cette charlotte aux fraises, cliquez sur l'image.

C'est quand même grâce à notre pâtissier  qu'elle est encore connue partout, la reine Charlotte d'Angleterre.

 

charlotenicolerenaudJe profite de ce billet pour vous conseiller ce livre (cliquez sur l'image pour avoir les références)  rempli de recettes aussi jolies que variées et faciles.

La charlotte y est déclinée en 52 recettes, on peut en faire une différente toutes les semaines pendant un an ! Il y en a des sucrées et des salées, pour tous les goûts et pour toutes les saisons.