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Nous mangeons pourtant de l'enfance

Et des souvenirs
Le goût sucré des pêches
Et des baisers
Les recettes mijotées longtemps dans la cocotte noire
La viande trop cuite et le dégoût de la cantine
Les fruits cueillis et le lait de la ferme
Les goûters sur la plage au goût salé du chocolat sur les lèvres
Mouillées d'eau de mer
Les parfums apaisants des bonbons
Le quatre-heures écrasé
Dans le cartable


Nous mangeons souvent de
l'histoire et de  la géographie mêlées

L’aligot ou les crêpes au beurre salé qui nous parlent
D'où nous venons
Les pâtes ou le couscous  pour nous reconnaître
Loin de chez nous
Les piments d'Espelette
Le gratin dauphinois et le chocolat
Qui nous racontent la découverte des Amériques
Le poulet Marengo
Les crêpes Suzette
Des récits historique
Les nougats
colonne1Les macarons et les tourons légendent
Les mille et une nuits du pays des amandiers
Les nems et les sushis
Les curries et fajitas
Les épices et les fruits exotiques
Autant de voyages
Dans une seule assiette


Nous mangeons aussi de la civilisation

Les habitudes de notre famille
Les coutumes de notre pays
De notre religion
Les heures des repas
Ce qui se mange
Et ce qui ne se mange pas
Le vin et la dégustation
Les savoir-faire ancestraux
Les parfums
Les saveurs apprises
L’initiation
La cueillette des champignons
La pêche ou la chasse parfois
Les repas de fête et le partage
La vie qui s'écoule et tous les rituels gourmands


Nous mangeons de l’art

Avec la chance de goûter la cuisine des grands chefs
Artistes contemporains
Créateurs de goûts et de saveurs
De matières et de sons
De textures et d’effets visuels
Ces plats de l'impossible
colonne1BQui nous ravissent dans leur mystère
La pure beauté du goût
Du théâtre à table
De l'émotion dans l'assiette


Nous mangeons souvent des symboles

Le partage du gâteau de mariage
Les Treize desserts
Les gâteaux des morts mexicains en forme d’os
Et de crânes
Les agneaux de Pâques et les bûches de Noël
Les pains azymes et les herbes amères
Les brioches au safran tressées ou couronnées
Les bretzel noués et les beignets en anneaux
Les pâtés ou les pains de Pâques recelant un œuf dur
De l’éternité qui se mange

Et toujours, toujours, nous mangeons de l'amour

Celui de notre mère
L'origine
Goutte de lait après goutte de lait
Cuillerée après cuillerée
Celui des proches pour qui nous cuisinons
Ceux qui cuisinent pour nous
Avec joie de vivre ou amertume, selon les jours qui passent
colonne2Celui des amis qui nous convient à leur table.
Le pain partagé des co-pains.
Le miel et le sel de l'hospitalité



Notre nourriture n'est pas seulement du carburant à ingurgiter pour faire fonctionner notre corps.


Notre nourriture nous  nourrit aussi l'âme et le cœur.


Prétendre que nous ne mangeons que des calories, des glucides et des protides, c'est prétendre que nous ne lisons que des lettres et des syllabes dans un poème de Baudelaire, ou que nous n'entendons que des notes dans un concerto de Mozart.


Réduire la nourriture à des calories :  c'est nous rendre sourds  et aveugles.


Et l'on s'étonne alors que nous tombions malades.